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Cépages Anciens

Mècle de Bourgoin

Très peu d'amateurs de vins le savent, mais le département de l'Isère a eu par le passé un vignoble de près de 40000 ha... C'était il y a plus de 150 ans.
Le phylloxera, le chemin de fer, le moteur à explosion, la création des AOC, les hybrides producteurs directs, les cépages améliorateurs sont passés par là depuis et ont rayé progressivement, de toutes les cartes des atlas viticoles, les vignobles isèrois.

Mais cet immense vignoble n'a pas disparu sans laisser quelques traces et aujourd'hui, les jeunes vignerons qui recommencent à s'installer sont en droit de revendiquer un immense héritage "ampélographique." En effet, l'Isère, malgré l'éradication presque totale de son vignoble, conserve une des ampélographies les plus riches de Fance avec une quinzaines de cépages autochtones. Certains d'entre eux sont encore cultivés tel que le persan, le verdesse, l'étraire de l'adui, le servanin. D'autres sont en collection au domaine de Vassal à Marseillan-Plage tel que la sérènèze, le mècle, le bia, le salagnin, le joubertin, l'onchette... Ces derniers n'ont pas été conservés dans la liste nationale des cépages cultivés et ont donc été interdits à la plantation pour des raisons qui restent encore obscures...

Ces cépages ont pourtant fait, par le passé, les beaux jours de la viticulture isèroise avec la présence de plusieurs propriétaires très réputés localement.
Ils ont progressivement été remplacés par les hybrides (noah, baco, clinton, jacquez...) pour la facilité de leur culture, mais ces derniers ont gravement nuit à l'image qualitative des vignobles d'avant-guerre car les vins produits étaient de très mauvaise qualité. Puis ensuite, ces hybrides ont été remplacés à leur tour par les cépages "améliorateurs" précoces (chardonnay, gamay, pinots...) qui ont permis un production régulière de vins de pays bon marché. Et tout le monde a fini par oublier l'existence même de ces cépages locaux ou presque...

En effet, la création du Centre d'Ampélographie Alpine Pierre Galet à Montmélian, en Savoie, en 2007 (dont je suis devenu, depuis, le vice-président) a permis au jeunes vignerons isérois de trouver des solutions pour cultiver de nouveau les cépages de leurs aieux.
Une vague de reclassements administatrifs a commencé en 2009 concernant le bia, la mècle, la sérènèze et a permis de réintégrer ces cépages dans la liste nationale française. Elle se poursuit encore pour l'onchette.
Ensuite en 2010 et 2011, des prospections estivales dans de très anciennes vignes, conservées pour la production de vins de consommation familiale, ont permis de retrouver et sélectionner 150 pieds de mècle et 14 pieds de bia. Nous sommes toujours à la recherche de sérènèze et d'onchette...

Je vais donc pouvoir planter en 2013 un demi hectare de mècle. J'aurai, au prélable en 2012, surgreffé 30 ares de vignobles en verdesse. Il faudra attendre encore pour le bia car la faiblesse du nombre pieds existants ne permet pas d'avoir assez de bois pour replanter un vignoble significatif pour l'instant...


Reportage d'octobre 2011 "Vins et cépages oubliés des Balmes Dauphinoises"

"Bien que peu connu pour sa viticulture, le Dauphiné est un réservoir très important de vieux cépages."